LIEU : Palais des Beaux-Arts de Bruxelles 23, rue Ravenstein – 1000 Bruxelles
PRIX : prix par séance : 6 € / membres JAP : gratuit / chômeurs, étudiants… : 4,50 €
par ANNE MŒGLIN-DELCROIX, professeur émérite de philosophie de l’art à l’université Paris I — Sorbonne
Devenu une forme d’art en même temps que la vidéo, au début des années 1960, le livre d’artiste n’avait encore fait l’objet d’aucune étude historique et esthétique d’envergure. Anne Moeglin-Delcroix inaugure le genre de manière imposante avec un ensemble qui s’illustre autant par la richesse de l’information que par la méthode employée face à la complexité du phénomène. Attaché à l’une des plus anciennes formes de communication, le livre d’artiste, comme la vidéo et la photographie, est issu de la sphère de l’utile, mais contrairement à ces médiums, il n’introduit aucune rupture technologique dans l’art. En définissant de manière rigoureuse en quoi ce "format" séculaire de la connaissance devient une "forme" artistique en soi (sans pour autant établir de spécificité a posteriori), l’auteur retrace ni plus ni moins vingt années d’art contemporain, car force est de constater que tous les mouvements, toutes les tendances ont exploré les ressources de ce médium jusqu’au début des années 1980. Il apparaît également que la photographie participe pleinement de sa naissance, avec les livres fondateurs de l’artiste conceptuel Edward Ruscha, comme de ses développements les plus divers ; ceux dérivés de la poésie concrète d’un Ian Hamilton Finlay, ou ceux, à la limite du genre, prenant la forme de classeurs ou de valises. En une sorte de développement ultime de l’analyse benjaminienne de la reproductibilité technique de l’œuvre d’art, le livre d’artiste fait de la reproduction le paradigme même de l’art, qu’il rend inséparable du multiple ; ce que la photographie seule n’a pu atteindre, voyant sa multiplication toujours limitée par le phénomène de fétichisation entretenu par l’art et son marché. (…) Ainsi, au fur et à mesure des descriptions d’œuvres de ce genre, pour beaucoup méconnues, cette étude propose d’une part une historiographie inhabituelle de l’art depuis 1960 à partir d’un médium où se "réalise une alliance au départ insoupçonnée entre avant-garde et tradition, volonté de rupture et héritage assumé", et ouvre d’autre part à une meilleure compréhension de l’un des usages les plus pertinents de la photographie au sein de l’art contemporain.








